Retour sur les pertes de 40 milliards

Caisse de dépôt : 3 milliards sacrifiés pour faire élire Charest en 2008

Et le « cover up » qui dure encore


Retour sur les pertes historiques de la Caisse en 2008, entièrement attribuables à la crise selon Jean Charest et H-P Rousseau. Pour échapper au bilan qui allait être publié en février 2009, Charest va précipiter une élection pour le 8 décembre 2008. Durant la campagne les dirigeants de la Caisse vont intervenir pour sauver l'élection des libéraux, coût de l'opération d'une vente de feu du portefeuille d'actions : des pertes de 3 milliards pour la Caisse !

L'affirmation (de Charest et Rousseau) à l'effet que les pertes de 40 milliards de la Caisse auraient été complètement attribuables à la crise ne passe pas le test des faits. Les bilans de la Caisse pour l'année 2008  démontrent à l'évidence que 30 des 40 milliards de pertes sont due à la crise et les 10 autres à la surexposition aux risques.

Démonstration :

Le rendement de la Caisse en 2008 a été de -25% (40 milliards) (1) alors que l'indice de référence a été de -18,5 % (le coût de la crise, à ce niveau la Caisse aurait perdu : 30 milliards). Donc une contre performance de 10 milliards en 2008. En 2009, la contre performance (-4%) de la Caisse par rapport à l'indice de référence (2) a entraîné des pertes accrues de 5 milliards.

Cette contre-performance de 15 milliards pour les bilans 2008-2009 par rapport aux indices de références, découle directement du changement de la Loi sur la gouvernance de la Caisse (Loi 78 - 2004 : art 4,1 ) (*). Laquelle avait « transformé un fond de pension en fond spéculatif ».  -Jacques Parizeau

Pour échapper au bilan qui allait être publié en février 2009, Charest va précipiter une élection pour le 8 décembre 2008. Durant la campagne, les dirigeants de la Caisse vont intervenir pour sauver l'élection des libéraux. Dans une conférence de presse (21 novembre 2008) ils vont venir rassurer le public en déclarant qu'il n'y avait pas de crise de liquidité à la Caisse. Cette prise de position avait été précédée d'une vente de feu du portefeuille d'actions qui a entraîné des pertes de 3 milliards sur le bilan 2008 et 2009.

Vente de feu du portefeuille d'actions (2008). Pertes de 3 milliards pour faire élire Charest :

Lors de l'élection de 2008, alors que des signes inquiétants parvenaient de la Caisse au sujet de pertes records qui pouvait faire dérailler la réélection des libéraux (Mario Dumont parlait de 30 milliards en se fiant aux indices de références), les dirigeants de la Caisse sont venus à la rescousse de Charest. Ils ont dit, lors d'une conférence de presse (21 novembre 2008), qu’il n’y avait pas de crise de "liquidité" (crise causée par le gel du papier commercial, des actifs à courts termes, donc des liquidités aggravées par des appels de marges sur d'autres produits de placements).

Conférence de presse de la Caisse en pleine campagne électorale (3) :

« (...) la Caisse a cherché à se faire rassurante sur l’ampleur des liquidités dont elle dispose, et sur la façon dont elle sera affectée par la crise financière actuelle. Les hauts dirigeants actuels, Pierre Brunet et Fernand Perreault, ont affirmé qu’il n’existait actuellement pas de problème de liquidité, dont le niveau est de 20 milliards de dollars » ont-ils dit. (21 novembre 2008) [source]

Personne n'a fait le lien entre cette sortie des dirigeants de la Caisse et la vente de feu du portefeuille d'actions qui l'avait précédée pour refaire les liquidités, en pleine capitulation boursière (septembre et octobre 2008), transformant ainsi des pertes sur papiers en pertes réalisées. Coût de l'opération pour sauver l'élection de Charest : 3,2 milliards sur 2 ans (bilan 2008-2009).

Démonstration :

À l’automne 2008, la Caisse avait réduit du tiers (de 36,3% à 22,4%) sa pondération en actions. À l’époque, le président par intérim Fernand Perreault avait justifié la braderie en pleine débandade boursière afin « de protéger le capital des déposants ». Ce chamboulement rapide du portefeuille avait coûté 2 milliards en 2008.

En 2009, la sous-pondération en actions aura privé la Caisse d’un point de pourcentage en rendement, selon Bernard Morency, responsable à la Caisse des relations avec les déposants et des initiatives stratégiques : « Sur un portefeuille de 120 milliards au 31 décembre 2008, la braderie aura encore coûté 1,2 milliard en manque à gagner l’an dernier ». [source]

Des pertes qui auraient pu être évitées :

Grave : Ces pertes « réalisées » de 3,2 milliards sur 2 ans auraient été évité si le gouvernement Charest avait répondu à l’invitation de l’opposition (PQ) qui était prêt à collaborer à ce que l’État vienne à la rescousse de la Caisse pour éviter la vente de feu : « ...si c’est vrai que la caisse a des problèmes importants de liquidités, est-ce qu’il y a lieu d’aider la caisse au niveau des liquidités ? Il va falloir voir. Mais, d’abord, on veut savoir ». (M. Legault, 4 novembre 2008) [source]

Une ministre irresponsable:

Mais Mme Jérôme-Forget a préféré continuer à cacher la situation plutôt que de répondre à l’invitation de l’opposition pour ne pas que la gravité de la situation à la Caisse soit connue du public. Mme Jérôme-Forget était responsable et en contacts suivis avec les dirigeants de la Caisse à l'époque  (Loi sur la Caissse : art.  «51.2. Le ministre des Finances est responsable de l’application de la présente loi. »).

On sait maintenant que cette vente de feu a eu des incidences, non seulement sur les résultats de 2008 mais aussi sur ceux de 2009 : « La sous-pondération des marchés boursiers au début de 2009 a fait rater à la Caisse une partie de la relance des Bourses. C’est d’ailleurs dans le premier semestre que la Caisse a souffert de la comparaison avec l’indice de référence de ce secteur. L’institution avait alors enregistré un rendement légèrement négatif (-0,3%), pendant que l’indice était à 4,7%. » [source]

Le « cover up »:

La précipitation des élections (8 décembre 2008) et la conférence de presse des dirigeants de la Caisse en pleine campagne électorale, sont deux manœuvres déterminantes qui auront permis aux libéraux de Charest d'obtenir une majorité. Avec la nomination dans la controverse de M. Sabia par Jean Charest. Commence une opération de « cover up » de grande envergure sur le plus grand désastre financier de l'histoire du Québec, et qui dure encore.

Démonstration :

Sabia fut le seul candidat considéré pour le poste : « Mercredi, le Parti québécois s'est servi de cette décision pour revenir à la charge sur le processus de sélection de M. Sabia, au terme duquel M. Tessier a déclaré qu'il n'avait pas jugé bon d'inviter en entrevue trois autres candidats se trouvant sur la liste d'un cabinet de recrutement de cadres ». Le leader de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, a demandé au gouvernement si l'augmentation accordée à M. Tessier était une récompense pour le rôle qu'il a joué dans la nomination de M. Sabia, annoncée le 13 mars, soit huit jours après la sienne. [source]

À son arrivée : Sabia refuse d'enquêter sur les pertes records de la Caisse [source]

Sabia arrive avec une liste de noms à éliminer, des témoins gênants (liste venue du bureau du PM) : « Un dirigeant de la Caisse, resté anonyme, y montrait du doigt huit vice-présidents qu’il faudrait limoger ou déplacer. Un an plus tard, ces huit dirigeants ne sont plus employés de la Caisse, ou sont en congé de maladie d’une durée indéterminée ». [source]

Autres témoins gênants éliminés :

Conséquence de la crise financière et de l'arrivée de Michael Sabia à la barre de la Caisse de dépôt et placement, un nombre record d'employés ont été limogés ou ont décidé de partir l'an dernier. Pas moins de 73 employés ont vidé leur bureau en 2009. C'est deux fois plus que l'année précédente, révèlent les chiffres fournis par la Caisse à la suite d'une demande d'accès à l'information gouvernementale. [source]

En 2010, le « cover up » sur la vente de feu dure encore : Les omissions scandaleuses de la direction de la Caisse de dépôt et placement ( Le Devoir, 25 février 2010 )

Le rapport annuel décrit longuement le contexte de marché en 2008 au Québec, au Canada et dans le monde à l'égard de toutes les catégories de placements, mais des renseignements détaillés et de l'analyse des pertes comptables de 13,7 milliards sur actions, il n'y a rien. (note : ce sont des pertes sur papiers qui ont été transformé en pertes réalisées) [source]

Conclusion :

Avec le retour des libéraux de Philippe Couillard au pouvoir, les chances de faire la lumière sur le désastre financier de Caisse de dépôt en 2008-2009 vont disparaître pour longtemps, sinon pour toujours.

Vous vous demandez jusqu'où ces réseaux libéraux peuvent aller pour servir leurs intérêts, au détriment du bien commun ? Vous n'avez qu'à penser à cette vente de feu du portefeuille d'action à la Caisse pour faire élire Jean Charest, et, à la privatisation à la pièce d'Hydro-Québec pour avoir une réponse !

Ce qui vaut pour la Caisse de dépôt, vaut aussi pour l'ensemble des institutions de l'État, qui passeront sous le contrôle du « gouvernement le plus corrompu de notre histoire récente » -Marc Bellemare, ex-ministre libéral


Références :

(*) Loi modifiant la Loi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec, sanctionné le 17 décembre 2004. Éditeur officiel du Québec, 2004
2 articles de loi à retenir :
(2 articles de loi à retenir)
« 4.1. La Caisse a pour mission de recevoir des sommes en dépôt conformément à la loi et de les gérer en recherchant le rendement optimal du capital des déposants dans le respect de leur politique de placement tout en contribuant au développement économique du Québec. ».

«51.2. Le ministre des Finances est responsable de l’application de la présente loi. ». [source]

(1) La Caisse de dépôt et placement du Québec annonce un rendement moyen pondéré des fonds des déposants de -25,0 % pour l'exercice financier terminé le 31 décembre 2008 (portefeuille de référence a été de -18,5 %). [source]

(2) La Caisse de dépôt et placement du Québec affiche un rendement de 10 % en 2009, soit 4,1 points de pourcentage sous l'indice de référence (soit -5 milliards) [source]



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